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Moiteurs boliviennes

A l'est du Pays, c'est la Bolivie tropicale, un peu humide sous les bras, avec des perruches braillardes qui rompent à la fois l'azur et le silence en vols stridents, une Bolivie verte teintée de roussi, mais surtout une Bolivie blanche et riche, en tout cas moins pauvre qu'ailleurs grâce aux grandes exploitations agricoles, à l'élevage, aux banques et aux gisements de gaz qui ont eu la bonne idée de se manifester dans le sud-est. On est bien loin de l'Altiplano et de ses indiens mutiques ne s'exprimant que par flûtes de pan interposées. Au nord-est de l'opulente Santa Cruz, s'étend la Gran Chiquatania et ses coquettes missions jésuites. Après s'être fait la main au Paraguay, les bons pères débarquent en 1691 en Bolivie où ils fondent 25 missions dont une dizaine dans la région. L'idée est de réunir différentes ethnies indiennes qui divaguent dans la forêt, les évangéliser et les faire bosser un peu, histoire de les sortir de leur indécrottable désœuvrement. N'oublions pas que l'oisiveté est la mère de tous les vices. Dans ces républiques de Dieu, les hommes sont supposés s'aimer et s'aider quelque soit leurs origines. Et ma foi, cela ne fonctionne pas si mal. Jusqu'à ce que le roi d'Espagne trouve ces compagnons de Jésus un peu trop indépendants, sans doute un peu trop riches et décide en 1765 de les expulser d'Amérique du Sud. Pour plus de détails, revisionnez donc l'excellent Mission de Roland Joffé avec musique envoûtante d'Ennio Morricone, de Niro en conquistador barbu repenti et Jeremy Irons en soutane Karl Lagerfeld. San Javier à 230 km de Santa Cruz est l'une des six missions restaurées par un architecte suisse à partir des années 1970. Avec les cinq autres, elle est classée patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. A bien réfléchir, il n'y a plus guère que les toilettes de la Gare du Nord et le parking du Leclerc de Nogent-le-Rotrou qui ne sont pas encore classés par l'Unesco. Mais cela n'empêche pas de rester bouche bée devant ces immenses bâtiments style « baroque métis » soutenus par des troncs ouvragés délicieusement fendillés par le temps. Des portes à lourds battants sculptés s'ouvrent sur des cours intérieures successives qui allongent des perspectives striées d'ombre et de lumière. Bref, c'est du bon boulot, tant de la part de la Compagnie de Jésus que du restaurateur helvète. Et en plus, on y joue encore la musique baroque enseignée par les bons pères. Dans les années 90, on a retrouvé dans les villages, dans les familles, 5 000 partitions de cette époque certaines écrites par des Indiens lesquels ont su apporter une touche locale à cette musique étrangère. Le baroque est devenu barroco-chiquitano.